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Atelier · novembre 2009

Renseignements sur la laque vietnamienne

Hoa Vu sur l'histoire, les matériaux et la technique de la laque vietnamienne.

Quelques mots sur l’histoire

À l’origine, le laque est un art populaire. D’abord utilisée pour orner et dorer les tableaux et les statues des pagodes, la laque a trouvé dans l’artisanat usuel une utilisation courante (paravents, coffres, plateaux, vases, échiquiers…). L’enseignement de la technique de la laque a commencé vers 1930 à l’École des Beaux-Arts de l’Indochine (fondée par le Français Victor Tardieu) à Hanoï. Désormais, les étudiants et les artistes ont su exploiter et développer la laque pour réaliser leurs tableaux. Pendant de nombreuses années, ce procédé de travail de la laque a été gardé comme un secret national. Ce n’est que vers 1970 que des élèves étrangers ont pu apprendre cette technique à l’École des Beaux-Arts de Hanoï.

Les matériaux

Le produit appelé « laque » est composé d’un suc laiteux, extrait du laquier, arbre répandu surtout dans les zones montagneuses, et de poudres minérales permettant de constituer les différentes couleurs. En rajoutant quelques produits naturels, ce lait se transforme en résine.

Les résines et les couleurs. La résine crue, naturelle, de couleur brune, est directement extraite du laquier. Elle constitue la base essentielle du mélange des couleurs et est employée comme vernis. La résine cuite est obtenue à l’aide d’une spatule en fer : elle est battue dans une poêle en fonte afin de produire une réaction chimique (oxydation), puis utilisée comme couleur noire. Les autres couleurs sont principalement des poudres minérales ; certaines sont mal adaptées à cause d’une oxydation toujours possible de la résine. Les gammes dominantes sont de couleur chaude. Peuvent être également utilisés le collage ou le saupoudrage de feuilles d’or et d’argent battues, de coquilles d’œuf, de poudre de nacre, de coquillages, etc.

Le support (en vietnamien : vóc) est fabriqué par quelques artisans spécialisés. Il se compose d’une plaque de bois, recouverte de plusieurs couches de résines mélangées avec de la sciure et du coton. Le support ainsi fabriqué doit résister aux différentes déformations éventuelles (température, humidité élevée). Après ponçage, ce support doit offrir un lissé parfait. Il est toujours de couleur noire, prêt à être peint.

La technique

Ce qui caractérise la technique de la laque est l’application de plusieurs couches de couleurs, séchées dans l’humidité. Par la suite, grâce au ponçage, il est possible de faire apparaître différentes formes et couleurs. C’est à ce niveau que le hasard et l’improvisation jouent un rôle, en donnant des effets imprévus. L’artiste peut continuer à jouer de ces phénomènes en créant autant qu’il le souhaite. Ainsi, la laque constitue un champ immense de recherche et de création.

L’application des couches de couleur. Il est nécessaire de superposer plusieurs couches. Le séchage complet de la couche précédente (dans l’humidité) est indispensable avant de procéder à l’application, après ponçage, des couches suivantes.

Le ponçage. En utilisant un papier de verre, les couches sont poncées à sec, ou de préférence sous un filet d’eau.

L’incrustation. Les blancs sont obtenus essentiellement par l’incrustation de coquilles d’œufs, qui crée un blanc éclatant. On peut également utiliser des feuilles d’or ou d’argent comme sous-couches ou dernière couche, afin de donner un effet de grande luminosité au tableau.

La finition. Il est possible de donner une brillance supplémentaire en appliquant une couche de résine crue, comme un vernis, servant à la fois à protéger et à donner plus de profondeur au tableau. Le tableau peut aussi être laissé à l’état brut, ou frotté et lissé avec la paume de la main, selon le choix de l’artiste.

Aujourd’hui, chaque artiste peut utiliser les techniques modernes en jouant avec les procédés et les matériaux traditionnels. Comme tout art, le travail de la laque n’exclut aucune création et permet une grande spontanéité, toujours enthousiaste. Le temps consacré par l’artiste (plusieurs applications, séchage, ponçage, incrustations de matériaux naturels incomparables) et la qualité du travail exigé confèrent au laque un caractère « précieux », reconnu et estimé dans le monde entier.